Pour le juge, la victime, c'est d'abord une personne susceptible d'être partie civile au procès. Elle va se constituer partie civile, elle va avoir des droits, et le juge va s'assurer que ceux-ci sont garantis.
Quels droits ?
L'assistance d'un avocat, l'accès au dossier, la possibilité d'avoir une expertise pour l'évaluation des préjudices, d'obtenir une assistance matérielle et psychologique...
La première relation avec la victime est donc une relation juridique, il s'agit de vérifier ses droits et de veiller à leur garantie. Elle devient destinataire des décisions du juge et pourra aussi faire appel.
En amont, il faut également mentionner le travail avec différents services (police, corps médical).
Dans le rapport avec la victime, il y a une dimension de réconfort psychologique. Faire en sorte qu'elle n'ait pas peur des représailles ou qu'elle n'hésite pas à porter plainte.
Toutefois, cette relation dépend du juge concerné. S'il est juge dans un tribunal correctionnel, la relation sera plus distanciée. Par exemple, en cas d'agression d'une vieille dame, la victime pourra se faire représenter par un avocat et tout cela dans le cadre solennel de l'audience.
En revanche, le juge pour enfant aura une relation plus individualisée avec la victime et son entourage familial. Parfois, il faut mettre en place un système de protection. Pour les victimes d'agression sexuelle, il faudra mettre en place un travail d'assistance éducative. L'enfant peut présenter des pathologies telles que boulimie, anorexie, dépression.
En cas d'agression sexuelle en milieu familial, on pourra faire appel à un éducateur en milieu ouvert ou placer l'enfant dans une institution. Dans ce cas là, la relation avec la victime est plus difficile dans la mesure où celle-ci se sent doublement victime. Elle éprouve aussi le sentiment d'être victime de la procédure judiciaire, elle vit mal l'éloignement familial, c'est notamment le cas pour les jeunes enfants qui ne comprennent pas ce qui se passe. Dans notre jargon, on appelle cela la "victimisation secondaire".
En résumé, le juge d'instruction est plus focalisé sur la recherche de la vérité, la relation avec la victime est assez distanciée. Tandis que le juge d'enfant, outre sa casquette pénale, veille à l'assistance éducative de la victime.
Entretien réalisé par Ekko